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Dernière mise à jour : Mai 2018

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Tiques, chevreuils et bétail, un ménage à trois ou presque pour le plus grand bonheur d’une bactérie pathogène

Tiques, chevreuils et bétail
Les coteaux de Gascogne, un environnement rural au cœur duquel évoluent animaux, hommes et leurs agents pathogènes. S’intéressant à Anaplasma phagocytophilum, une bactérie pathogène pour le bétail et l’homme et transmise par les tiques, des chercheurs de l’Inra, VetAgro Sup et du CNRS mettent en évidence que les chevreuils ne sont pas la principale source d’infection des tiques par des souches pathogènes pour le bétail. Ces résultats, qui contribuent à mieux comprendre le cycle épidémiologique d’A. phagocytophilum et ses implications en matière de santé animale, sont publiés dans la revue Infection, Genetics and Evolution de novembre 2017.

Aurignac, une commune de Haute-Garonne, dont le paysage vallonné est ponctué de forêts, de prairies et de cultures et où l’agriculture occupe une place importante. Au cœur de cet environnement du sud-ouest de la France, les contacts entre les hommes et les animaux, d’élevage et sauvages, sont faciles et propices à la circulation des agents pathogènes associés aux uns ou aux autres.

Des chercheurs de l’Inra, de VetAgro Sup et du CNRS se sont intéressés à une bactérie pathogène, Anaplasma phagocytophilum. Transmise par les tiques, responsable de l’anaplasmose granulocytique, ce microorganisme infecte une large gamme de mammifères dont l’homme. Dans la perspective de mieux caractériser le cycle épidémiologique de cette bactérie et de proposer des mesures de contrôle adéquates, ils ont exploré sa diversité génétique chez les tiques, vecteurs de la maladie et les chevreuils, souvent suspectés d’être des hôtes réservoirs des souches pathogènes pour le bétail.

Tiques et chevreuils sont infectés par des souches bactériennes d’origine différente

Mobilisant les techniques moléculaires les plus récentes, les scientifiques ont évalué la présence d’A. phagocytophilum chez les tiques et chez les chevreuils. Ils ont mis en évidence une différence drastique entre les deux espèces puisque moins de 2 % des tiques étudiées hébergeaient la bactérie contre 79 % des chevreuils. Plus surprenant, analysant les caractéristiques génétiques des bactéries, ils ont montré qu’à peine un quart (23 %) des souches infectant les tiques arboraient les mêmes génotypes bactériens que ceux décelés chez les chevreuils, la majorité des génotypes bactériens étant plutôt associés à des séquences génomiques de souches infectant l’homme et/ou du bétail. Ce résultat suggère que les souches hébergées par le chevreuil ne sont pas celles qui infectent l’homme et le bétail.

La surinfection pour expliquer la différence de prévalence entre le chevreuil et les tiques

Afin d’expliquer la prévalence d’A. phagocytophilum chez le chevreuil, les chercheurs ont construit trois modèles épidémiologiques qui prennent en compte l’exposition aux tiques, l’efficacité de la transmission, la prolifération cyclique du pathogène en cas d’infection simple et la dynamique d’infections concomitantes (surinfection). A la faveur de ces modèles, ils ont montré que les infections concomitantes jouent un rôle prépondérant dans la prédominance de la bactérie chez le chevreuil. En supposant que la surinfection puisse survenir à tous les stades de prolifération d’une première infection, elle permet d’expliquer les fréquences élevées d’A. phagocytophilum observées chez le chevreuil.

L’abondance du bétail pour expliquer la distribution de la bactérie chez les tiques

Considérant que le bétail est bien plus nombreux que les chevreuils dans le paysage en dehors des forêts (20 animaux par km² contre seulement 6 chevreuils par km²) et qu’il vaque dans les champs tandis que les tiques sont en pleine activité, considérant que les génotypes bactériens associés aux tiques sont plutôt apparentés à ceux du bétail, les chercheurs proposent que l’abondance du bétail soit un bon indicateur de la présence de la bactérie pathogène dans les tiques. La durée d’infection et le processus de transmission diffèrent probablement entre le bétail et le chevreuil. Cependant, il est probable que les processus d’infection du bétail soient aussi dominés par les dynamiques d’exposition et de surinfection. Dans ce contexte, il semble important de déterminer si les bovins sont susceptibles de maintenir à eux seuls les populations d’A. phagocytophilum qui les infectent et de mieux comprendre l’impact des infections sur leur santé.

 

Des cycles épidémiologiques complexes difficiles à appréhender caractérisent les maladies multi-hôtes et la propagation par l’intermédiaire des vecteurs ajoute encore de la complexité à la dynamique des agents pathogènes. L’identification et la caractérisation des souches d’A. phagocytophilum à l’aide d’outils moléculaire éclaire d’un jour nouveau le cycle épidémiologique de cette bactérie pathogène dans la perspective d’élaborer à terme des mesures sanitaires pertinentes. Ainsi, ces résultats remettent en question le rôle des chevreuils comme hôtes réservoirs pour les souches d’A. phagocytophilum infectant le bétail en France. Ils suggèrent que le bétail joue un rôle non négligeable dans le maintien et la propagation des génotypes bactériens observés chez les tiques.

Contact(s)

Contact(s) scientifique(s) :

Contact(s) presse : Service presse Inra (01 42 75 91 86) Département(s) associé(s) : Santé animale Centre(s) associé(s) : Auvergne - Rhône-Alpes

Réference

Host specificity, pathogen exposure, and superinfections impact the distribution of Anaplasma phagocytophilum genotypes in ticks, roe deer, and livestock in a fragmented agricultural landscape.

Amélie Chastagner, Angélique Pion, Hélène Verheyden, Bruno Lourtet, Bruno Cargnelutti, Denis Picot, Valérie Poux, Émilie Bard, Olivier Plantard, Karen D. McCoy, Agnes Leblond, Gwenaël Vourc'h, Xavier Bailly.

Infection, Genetics and Evolution 2017, 55: 31-44.